No Code : des produits tech de meilleure qualité réalisés plus vite et moins cher

La capacité à construire des produits tech qui marchent est devenu une condition nécessaire à la réussite économique de nombreuses entreprises. Pourtant, c'est encore long et cher. Beaucoup trop long et beaucoup trop cher.

Personne n'est épargné : les petits commerces et les PME n'ont pas les ressourcent pour investir, les grands groupes brûlent du cash dans des projets à temporalité géologique souvent sans résultats. D'après une étude réalisée auprès de 50 000 entreprises dans le monde et publié par le Standish Group, 83 % des projets IT échouent. La nullité est la norme : triste situation.

Notons que quelques startups s'en sortent à peu près mais représentent une encore une part négligeable de l'économie en Europe (pas de géant, forte régulation, politiciens et membres de Comex analphabètes en technologie).

L'ordre de grandeur budgétaire lorsqu'un grand groupe lance un projet tech est entre quelques centaine de milliers d'euros et quelques millions. Je parle ici de projet au sens large : développement sur mesure, migration, mise à jour, ERP, CRM, POC...

Un modèle mental simple pour penser le coût du développent de produits tech, c'est de se dire qu'un "projet" au sens large du terme coûte au moins 300k €, s'étale sur 1 ans et a 83% de chances d'échouer.

Quand on apprend la réalité d'un projet IT moyen : 300k €, 1 an de développement, peu de chances de réussir.

On peut diviser les causes de cet échec en 2 catégories :

  1. les causes externes à la technologie : incapacité de recruter des talents, manque d'ambition tech, lourdeur des contraintes règlementaires, héritage culturel, décideurs largués...
  2. Une cause technologique : le temps et l'investissement incompressible nécessaire à la production du code sous-jacent au produit.

Bien sûr les causes externes sont les principales responsables et de loin. Je ne m'y attarderai pas car les analyses ne manquent pas sur le sujet.

J'aimerais ici me concentrer sur la 2ème catégorie et expliquer comment le No Code en tant que mouvement qui s'inscrit dans le sens de l'histoire de l'informatique permet de réduire drastiquement les coûts et les temps de développement en augmentant le niveau de qualité.

Je me risque même à espérer qu'il aura de nombreux effets de bords positifs sur les causes externes.

Le No Code s'inscrit naturellement dans le sens de l'histoire de l'informatique

Le mouvement No Code fait référence aux outils qui permettent de créer des produits tech (site, app mobile, app web) sans utiliser de code du tout. Les principaux outils sont Airtable, Webflow, Zapier, Integromat, Bubble, Notion.

En schématisant, on peut diviser n'importe quel produit tech en 3 parties :

  • 1 frontend : l'interface en contact avec l'utilisateur final
  • 1 backend et des APIs : la logique interne de l'application et la communication avec le frontend
  • 1 base de donnée : l'endroit où les donnés sont stockés et structurés

Historiquement, le fait de créer une de ces 3 parties d'application nécessite d'écrire des lignes de code, c'est un passage obligé, on ne peut pas simplement crier à son ordinateur "crée moi une base de donnée". On a besoin de structurer notre demande de façon précise : cette structure s'appelle le code.

Aujourd'hui, les outils No Code permettent d'expliquer à l'ordinateur ce qu'on veut construire sans avoir besoin de passer par le long apprentissage du code. Voici comment on en est arrivé là.

L'exemple d'Apple : le système d'exploitation accessible est au terminal ce que le No Code est est au Code : une simplification d'accès

L'histoire de l'informatique est rythmée par des phases successives d'arrivée de nouvelles technologies maitrisées par des spécialistes, suivies de phases de démocratisation.

Les interfaces graphiques jouent un rôle clé dans cette transition, elles rendent accessibles au plus grand nombre le niveau d'abstraction qui n'existe auparavant que dans la tête des spécialistes.

Apple a démocratisé l'accès à l'ordinateur personnel grâce à une des premières interfaces graphiques poussées d'un système d'exploitation (OS) dans les années 80 alors que son utilisation était jusqu'alors réservé à des spécialistes, principalement des chercheurs et des universitaire. À l'époque, la seule façon de faire marcher un ordinateur consistait à utiliser un terminal et des lignes de commande. Le même phénomène s'applique au développement de produits tech sur le web. Les outils No Code offrent des interfaces graphiques plus simple que l'IDE. L'IDE est l'outil tout noir avec des lignes de code qui font peur sur lequel les développeurs produisent le code), une belle interface qui nous prend par la main pour nous expliquer et rendre visible la logique logicielle est rassurante et invite au jeu.

L'informatique est un oignon : des couches de technologies les unes sur les autres

L'histoire de l'informatique est l'histoire de la suppression de la douleur en créant des nouvelles couches. Il était long et douloureux d'écrire dans un terminal, alors Apple a créé un système d'exploitation simple. C'est une nouvelle couche sur laquelle les anciens "spécialistes" migrent pour interagir avec l'ordinateur car c'est plus facile et plus rapide. Notons que la couche précédente n'a pas pour autant disparu, il y a encore besoin de gens capables d'écrire des lignes de commandes pour des interactions précises mais l'OS suffit à 90 % des besoins. Ensuite, cette couche nouvellement créé se complexifie à son tour : beaucoup plus de fonctionnalités arrivent et de nouveau d'autres couche sont créés par dessus. Grâce à ce que permet l'OS, on a pu créer des application dont le navigateur qui viennent segmenter l'utilisation de l'OS et ainsi de suite.

Une fois qu'une couche d'abstraction est suffisamment stable, on peu commencer à construire dessus et les compétences, la esprits créatifs migrent vers la couche du dessus :

  • 50s : premiers ordinateur , transistors, hardwares... : les physiciens créent le maximum de la valeur
  • 60s : portes logiques, assembleur, premiers langages bas niveaux : les logiciens créent le maximum de la valeur
  • 70s : révolution dans le passage du terminal à l'interface graphique, invention de l'OS (Apple I, Apple II) : les électroniciens créent le maximum de la valeur (Steve Woz)
  • 80s : démocratisation de l'OS (Microsoft) : les développeurs C créent le maximum de la valeur (le jeune étudiant Linus Torvald commence à bidouiller des OS)
  • 90s : début du Web, logiciel client lourd : les développeurs Java créent de la valeur
  • 00s : explosion du web : les dev PHP + HTML + CSS créent de la valeur
  • 10s : le navigateur prend le pas sur l'OS : les développeur Javascript créent le maximum de la valeur
  • 20s : toutes les étapes de la création d'app sont abstraites dans des outils No Code et SaaS : les Expert No Code et les développeurs créent de la valeur en hybride.
  • 30s : Les IA type GPT-3 font 95% du travail : des langages très proches de l'anglais naturel permettent de créer des app. Ces spécialistes créent de la valeur.
  • 40s : Nous sommes tous équipés de puces type Neuralink, nous ne faisons qu'un avec le software, le neurone et le transistor fusionnent (cc Elon et Yuval)

La place des SaaS dans l'écosystème No Code

Le mouvement No Code est indissociable de l'explosion ces 10 dernières années des SaaS qui sont venus combler progressivement tous les besoins B2B. Salesforce, Slack, Hubspot, Trello, Spendesk, Aircall, Front, Github Jira etc... Tous les domaines, process, verticales, des startups se lancent à l'assaut de simplification de façon.

La frontière est poreuse entre des outils No Code comme Airtable, Webflow et Zapier et les fonctionnalités d'automatisation de CRM comme Hubspot ou Salesforce qui permettent de créer des workflows métiers complexes à partir d'interfaces graphiques. Tous les outils No Code sont des SaaS mais tous les SaaS ne sont pas des outils No Code.

Ainsi le No code, c'est aussi la capacité de correctement paramétrer les SaaS et les connecter entre eux. Le nombre

Le nombre de SaaS a explosé alors qu'il y a 10 ans, Salesforce faisait parti des rares SaaS sérieux sur le marché.

Il y a un impact direct pour les entreprises. Dans une vision très idéaliste, les métiers peuvent s'affranchir en partie de la DSI car en utilisant les outils No Code, ils sont en mesure de faire évoluer pour faire évoluer eu-mêmes leurs applications. Derrière cette idée, il y un concept naif de citizen developer popularisé par [Gartner](https://www.gartner.com/en/information-technology/glossary/citizen-developer#:~:text=A citizen developer is a,environments sanctioned by corporate IT.). Les "citoyens" seront capables de développer eux-même leurs outils.

La réalité sera un peu plus nuancé. Malgré son potentiel de démocratisation, je suis convaincu que le No Code va très vite devenir une expertise à part entière avec ses experts, son jargon et ses barrières à l'entrée. Bien sûr ce mouvement est tout sauf la fin des développeurs, les meilleurs experts No Code de demain sont les actuels développeurs d'aujourd'hui. Il existe un niveau de complexité qu'on ne peut pas réduire. Code ou No Code, il faut comprendre des basiques : ce qu'est une structure de données, une API, un back, un front, un server. S'il faut quelques semaine à un non développeurs pour maitriser les outils No Code, il ne faut que quelques heures à un développeur pour les comprendre.

Notons que cette révolution n'est pas nouvelle puisque Microsoft Excel permet déjà depuis plus de 40 ans à des non tech de passer un peu de logique du neurone au silicone. Qui n'a jamais eu ce collègue "monstrueux en excel" capable de créer des modèles hyper complexes avec interface, macro, TCD de l'espace, fonction offset avec queries complexes. Cette même personne qui codait dans excel le système de pronostics d'entreprise lors des Euros et des Coupes du monde. Ce qu'il manquait à Excel pour réussir la révolution No Code il y a 40 ans, c'était une accessibilité massive via le cloud qui est la norme aujourd'hui.

Le No Code permet d'accoucher de produits tech sans douleur

Si la création de produits tech est douloureuse, le No Code est une péridurale qui soulage trois douleurs : le prix, le temps de développement et la qualité.

Si le produit tech qu'on souhaite réaliser est faisable en No Code, le coût de développement sera moindre. C'est le cas pour la réalisation de site vitrine. Un développeur expérimenté sur Webflow ira plus vite qu'un développeur frontend classique pour intégrer un même design au pixel près même si son taux journalier est supérieur. Le facteur de réduction temporel est bien supérieur au facteur d'augmentation du prix auquel il vend son temps de travail. Cette différence est un résultat directe de l'augmentation de la productivité qui a été "abstraite" par la couche No Code (même en rajoutant les prix des abonnements).

Il ira donc plus vite pour moins cher avec une expérience client aussi bien voire mieux.

De la même manière, réaliser une application mobile simple et informative pour un événement sera bien moins cher et beaucoup plus rapide en utilisant Glide ou Adalo au lieu de la développer en code custom.

Bref, je pourrais encore continuer longtemps. On voit bien que la question devient vite "Qu'est-ce qui est faisable et pas faisable en No Code ?". C'est difficile d'y répondre mais une chose est certaine : le champs des possible croit de manière exponentielle chaque semaine.

C'est la raison pour laquelle ce milieu est passionnant : une énergie folle, une explosion cambrienne d'outil et un rythme effréné qui convient aux héroïnomane de l'innovation.

Je suis conscient d'être ici très partisan, je n'ai pas détaillé de nombreux trade-off (peu d'open source, prix des SaaS, contrainte de maintenabilité), ceci viendra dans les prochaines articles. On est encore day 1, de nombreux problèmes restent à résoudre.

En conclusion, j'invite tous les lecteurs à se positionner du bon côté de l'histoire en donnant une chance à ces technologies. Ne soyez pas condescendant comme ont pu l'être les développeurs Java, C et C++ lors de l'explosion du javascript ou comme nos brillants ingénieurs jacobins français qui pensaient que le minitel avait plus d'avenir qu'internet en 1994.

Aujourd'hui, faire du No Code, c'est un jeu et c'est précisément pour ça que c'est le turfu. L'ordinateur personnel, le web, Facebook, c'étaient des jeux : pas pris au sérieux et terriblement fun.

🦊

PS : passe ta souris dans le footer pour un max de fun si tu es sur desktop